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Cela fait maintenant plus de 40 ans que j’ai acheté mon premier Mac après l’avoir vu et essayé en magasin à Paris au mois d’avril 1984. C’est un article paru en mars dans un magazine PC, l’Ordinateur Individuel, qui m’avait convaincu de voir cette machine avant de finaliser l’achat prévu d’un Apple IIc qui devait remplacer mon Commodore VIC-20 pour des tâches plus professionnelles.

Le Lisa était sorti l’année précédente et coûtait trente mille francs suisses – mais il était équipé d’un disque dur interne de 5 MB, une rareté à l’époque. Le Mac 1984 était nettement plus abordable, bien qu’un de mes collègues ait ajouté au sien un disque dur externe de 5 Mb pour la somme astronomique de sept mille francs, ce qui ramenait le tout à la moitié du prix du Lisa.

Le Mac 1984, c’était un ordinateur pourvu de 128 KB de mémoire vive et 64 KB de ROM, un chiffre impressionnant pour l’époque. L’écran était en noir-blanc, mais avec une finesse d’affichage qui en rendait l’emploi beaucoup plus agréable que les moniteurs verts ou ambre alors disponibles sur PC. Et il y avait cette unité disquette de 3,5 pouces de 400 KB, à comparer avec les disquettes souples de 5,25 pouces de 160, voire 320 KB d’espace de stockage. Il était enfin possible de transporter des données dans une pochette de chemise sans précautions particulières.

Le Mac 1984, c’était glisser les marges d’un texte avec la souris au lieu de taper des commandes au clavier, voir apparaître sur la sortie papier de l’imprimante l’exacte copie de ce qu’il y avait à l’écran et pouvoir récupérer dans la corbeille un document effacé par erreur. C’était aussi le premier ordinateur qui demandait de sauver le document en cours avant de quitter une application, ce qui a rendu service à pas mal de monde à l’époque.

C’était enfin la possibilité de passer du temps à créer des documents plutôt que de naviguer entre l’écran et l’imprimante pour arriver, tant bien que mal, à obtenir une sortie papier convenable. Il était si facile d’ajouter des schémas et des dessins à un document texte et de changer l’apparence par une nouvelle police de caractère d’un simple clic de souris que la conséquence en a été une profusion de textes ornés de fontes fantaisies – qui se souvient de la police San Francisco. Pour le bien-être de nos yeux, cette époque est heureusement révolue.

Deux ans plus tard, la mise à niveau du Mac 128 au Mac Plus, avec 1 MB de mémoire vive et un port SCSI permettant de connecter une imprimante Laser, a révolutionné l’informatique individuelle en offrant la possibilité de créer simplement des publications dignes de ce nom avec PageMaker.

On pouvait passer du clavier US au Suisse romand ou au Suisse allemand par un simple clic dans les préférences… Je me souviens d’amis qui avaient fait venir leur Mac directement des USA au début de l’année et qui avaient mis des pastilles autocollantes sur le clavier US pour visualiser les touches accentuées.

L’interface graphique sur un ordinateur accessible au grand public était une telle révolution que le monde PC n’a pas eu d’autre choix que d’en créer une copie en 1987, basée sur le DOS avec toutes se limitations (je ne suis peut-être pas très objectif ici), et la corbeille n’est apparue qu’avec Windows 95 (en 1995 donc). Auparavant, tout fichier effacé l’était définitivement.

Bill Gates, à propos de la souris, disait que ce n’était pas un périphérique sérieux qui servait uniquement à jouer. C’est pourtant lui qui, plus tard, est à l’origine de la souris à deux boutons, imposant de se souvenir à quoi pouvait servir celui de droite selon les applications.

Un autre énorme avantage du Mac, c’est que, quelque soit l’application, l’usager savait toujours où trouver le menu sauvegarder ou imprimer, les options de couper/coller ou les réglages de préférences. 

Dès les débuts du Mac, Apple a publié des directives d’interface afin que tout le monde puisse s’y retrouver à l’écran. Les “Human Interface Guidelines: The Apple Desktop Interface”. On y retrouve en particulier les menus imposés dans la barre supérieure, Apple Menu, Fichiers et Edition, et c’est ensuite, sur la droite, que chaque logiciel pouvait créer les menus spécifiques dont il avait besoin.

En parallèle, il existait plusieurs manières d’effectuer la même opération, mettre un document à la corbeille (traduite en Trash ou Waste Basket selon la région du monde), ouvrir les préférences ou changer l’apparence d’un texte. Parce que, comme il est écrit dans le guide de l’interface :

“Compte tenu de cet accent mis sur les personnes et leurs tâches, l’interface de bureau Apple a dû concevoir un modèle des personnes, afin que l’interface leur soit adaptée. Les gens, cependant, sont délicieusement complexes et variés, ce qui implique qu’une théorie de l’activité humaine qui fournirait un cadre complet pour la conception de l’interaction humain-ordinateur a encore un long chemin à parcourir”.

Finalement, le mérite principal d’Apple, c’est d’avoir poussé les autres à s’intéresser à l’usager plutôt que de lui imposer des systèmes complexes et mal pratiques, à innover pour rendre l’informatique plus conviviale et simple à utiliser au quotidien, au point que plus personne ne lit de mode d’emploi quand il achète un nouvel ordinateur ou un nouveau logiciel !

Le génie, ça été de mettre ensemble l’interface graphique inventée par Xerox, la souris du Stanford Research Institue, les disquettes rigides 3,5 pouces de Sony dans une boîte totalement silencieuse de 7.5 Kg (9 Kg avec le clavier et la souris) tenant sur un bureau (24.4 x 27.7 x 34.5 cm).

D’autre s’étaient essayés à sortir des sentiers battus comme Olivetti, avec le M-20, capable d’afficher des graphiques en 8 couleurs à l’écran, ou Hewlett Packard, avec un écran “tactile”  sur le HP-150 en 1983. Tous deux ont été balayés par le rouleau compresseur IBM PC, le DOS et les processeurs Intel. Le mérite d’Apple est d’avoir résisté à cette déferlante, non sans quelques périodes difficiles.

L’iPhone est un autre exemple de la conception tournée d’emblée vers l’utilisateur avec un écran capacitif qui ne répond pas à la pression, mais détecte la présence d’un ou plusieurs doigts avec une grande précision, facilitant la navigation. Apple n’a pas inventé l’écran capacitif, mais elle a été la première à le mettre à disposition de tout le monde. De même que la navigation par icônes, le clavier virtuel qui ne mange pas la moitié du téléphone en permanence… clavier dont on peut changer la langue d’un clic de doigt… comme sur le Mac 1984.

Evidemment, il n’a pas fallu longtemps pour qu’apparaisse Android et rares sont ceux qui envisagent actuellement d’acheter un téléphone sans interface graphique.